1916, Parme. Le baron Carlo Magnani fait composer Colonia pour lui. Un parfum d’abord réservé à un cercle d’initiés. 110 ans plus tard, Acqua di Parma ne se contente pas de souffler les bougies. La maison lance Cedro Virtuoso, signé Fabrice Pellegrin, parfumeur chez Firmenich. Le cèdre y tient seul le centre. Au cœur du geste, un procédé lent : le cèdre de Virginie co-infuse 30 jours avec la noisette. Cette lecture s’appuie sur les pyramides publiées et les fiches officielles. Où ce cèdre gourmand se place-t-il face à ce qui existe déjà ?
La co-infusion, 30 jours
30 jours. C’est le temps que la maison laisse au cèdre de Virginie et à l’essence de noisette pour se fondre l’un dans l’autre avant que la formule soit jugée aboutie. La noisette apporte à ce bois sa facette comestible. La fiche officielle d’Acqua di Parma met ce procédé en avant, davantage que la liste des ingrédients. Voilà ce qui distingue ce lancement d’une simple déclinaison du boisé de maison.

Un cèdre aux trois étages
Bergamote de Calabre en tête. Deux cèdres au cœur. Le bois occupe ainsi deux des trois étages. En tête, le cèdre de Virginie arrive co-infusé à la noisette, adouci par la bergamote de Calabre et un musc. Au cœur, l’Atlas balsamique puis l’Alaska plus aromatique se relaient : deux visages du même bois. Au fond, la fève tonka rejoint le santal, l’ambroxan fixant le drydown. La note gourmande ne s’annonce pas en tête : elle arrive en fin de course, quand la tonka prend le relais de la noisette.
Colonia, le même bois un étage plus bas
Dans Colonia, l’eau de cologne de 1916, le cèdre tient la base, discret sous la bergamote et la lavande : il structure sans jamais tirer la couverture. Colonia se lit d’abord comme une eau hespéridée aromatique, pensée pour la fraîcheur ; le cèdre y reste une charpente au service de l’éclat des agrumes. Dans Cedro Virtuoso, la matière monte au cœur et s’installe en tête, co-infusée. La même matière, deux étages plus haut. Le passage de l’eau de cologne à l’eau de parfum accompagne ce mouvement : on passe de 2 à 5 % de concentré à 15 à 20 %. Ce qui fusait puis s’évaporait dispose désormais d’un fond qui tient. Pour ses 110 ans, la maison, passée sous pavillon LVMH en 2001, a d’ailleurs joué les deux cartes. Cedro Virtuoso d’un côté ; de l’autre, Colonia Il Profumo Millesimato, signé Alexis Dadier à partir de la récolte d’ylang-ylang de 2024, qui réinterprète Colonia. L’héritage se décline, il ne se remplace pas.
Trois boisés, trois partis pris
Face au marché, le cèdre-noisette-tonka de Cedro Virtuoso n’arrive pas en terrain vide. Le boisé-gourmand, ce bois adouci par une note comestible, est déjà peuplé. Trois références donnent la mesure. Vous en portez peut-être déjà une au poignet.
Guerlain L’Homme Idéal Extrême, sorti en 2020, d’abord. Thierry Wasser l’a construit sur l’amande. Sa fiche MyOrigines le classe « Oriental » et le résume en une ligne : l’audace de l’amande bousculée par un accord tabac travaillé autour de la fève tonka. Ici, c’est le gourmand qui mène, dès la tête, avec l’amande. Le cèdre n’arrive qu’au fond, en soutien. Cedro Virtuoso renverse l’ordre : le bois part devant, la noisette puis la tonka suivent.
Givenchy Gentleman Réserve Privée, arrivé en 2022, joue sur un autre registre. Sa fiche MyOrigines met en avant un absolu de whisky élaboré à partir d’orge d’une distillerie écossaise, marié à la concrète d’iris et à la châtaigne, puis à un fond de cèdre complété de vétiver et de patchouli. La note gourmande, c’est la châtaigne, là où Cedro Virtuoso mise sur la noisette. Le cèdre s’y fond dans un boisé ambré et liquoreux.
Dior Homme Intense, dans sa version de 2011, offre enfin le point de comparaison le plus précis. Sa pyramide associe l’iris de Toscane à l’ambrette d’Équateur et au même cèdre de Virginie que Cedro Virtuoso. Même matière, rôle inverse. Chez Dior, le cèdre soutient l’iris, note florale poudrée au premier plan. Chez Acqua di Parma, il occupe seul le centre et relègue la gourmandise au fond. Deux façons de traiter un bois identique : l’un s’efface, l’autre mène.
L’originalité de Cedro Virtuoso tient là. Dans le boisé-gourmand classique, la note comestible ouvre et le bois suit. Ici, le bois ouvre, la noisette puis la tonka ferment le propos. Rien de la noirceur de l’oud : ce cèdre reste un bois clair.
Le prix, seule donnée fixe
Le concret, lui, se chiffre. La maison l’a lancé le 1er septembre 2026 dans la collection « Signatures of the Sun ». Il se décline en eau de parfum de 50 ml à 180 ml. La gamme compte aussi une bougie et un diffuseur.

Voici les prix relevés en ligne, de 145,55 € à 264,30 € selon la contenance.
| Contenance | Prix |
|---|---|
| 50 ml | 145,55 € |
| 100 ml | 206,85 € |
| 180 ml | 264,30 € |
À ce tarif, l’essayer avant d’acheter reste le réflexe.
Sur le papier, le cèdre a enfin la vedette et la gourmandise se tient en retrait. Le poignet tranchera.