Fragrance for Impact, la parfumerie et l’ylang-ylang des Comores

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Mains ouvertes remplies de fleurs d'ylang-ylang fraîchement cueillies aux Comores
Une poignée de fleurs jaunes éclatantes, cueillies au cœur de la végétation.

À Anjouan, l’ylang-ylang se distille depuis plus d’un siècle. La fleur des parfums floraux y pousse en abondance et les Comores en produisent davantage qu’aucun autre pays au monde. Dans le même archipel, 4 cliniques mobiles soignent des milliers d’habitants des zones rurales. Le 4 septembre, à Paris, la plateforme The Colors et l’UNFPA ont annoncé un partenariat reliant ces deux réalités.

Il s’appelle Fragrance for Impact. Il prend à rebours la manière dont on parle de parfum : on vous décrit le flacon, le jus, le sillage, la tenue. On vous décrit rarement le champ. Le champ, c’est là que tout commence : la fleur et les mains qui la cueillent.

4 cliniques mobiles, bientôt 7

4 véhicules sillonnent les campagnes des Comores. Ils amènent consultations et soins vers des communautés que l’hôpital n’atteint pas. C’est le programme de cliniques mobiles de l’UNFPA, l’agence des Nations unies chargée de la santé sexuelle et reproductive. L’institution traverse, comme d’autres agences internationales, un moment de financement tendu. Fragrance for Impact s’appuie sur ce dispositif existant. Lancée à Paris par The Colors, la plateforme de la beauté multiculturelle fondée par Haweya Mohamed et Ammin Youssouf, l’initiative vise à faire passer le réseau de 4 à 7 véhicules.

Une soignante examine une patiente devant une clinique mobile à Anjouan, aux Comores

Les Comores, premier producteur mondial d’ylang-ylang

Les Comores distillent 50 à 70 tonnes d’essence d’ylang-ylang par an, essentiellement à Anjouan. Madagascar suit loin derrière avec 15 à 20 tonnes, puis Mayotte avec 7 tonnes, selon les estimations de production d’ylang-ylang recensées par Wikipédia.

La distillation de la fleur remonte aux années 1860, lancée à Manille, aux Philippines, avant que la culture ne gagne l’océan Indien. Chaque arbre produit 3 à 4 kg de fleurs par récolte. La distillation fractionnée en tire plusieurs qualités. L’extra, recueillie en premier, est la plus prisée des parfumeurs. L’huile est florale et lourde, au fond balsamique, traversée d’accents de jasmin et de néroli avec une pointe fruitée. Les amateurs y décèlent aussi des notes de caoutchouc et de crème anglaise qui font son caractère. C’est une note classique des parfums floraux et des accords orientaux. Placée le plus souvent en note de cœur, elle éclaire une composition et en arrondit le bouquet. Le N°5 de Chanel, créé par Ernest Beaux en 1921, en reste l’exemple le plus cité. En 2015, le parfumeur Christopher Sheldrake, qui dirigeait la recherche-développement de la maison, estimait que le N°5 « contient énormément d’ylang ylang, peut-être 10 % grosso modo », dans une dépêche AFP consacrée à l’ylang des Comores. L’ylang compte aussi parmi les bases de l’huile de macassar, cette préparation capillaire du XIXe siècle.

Territoire Production annuelle d’essence
Comores (Anjouan) 50 à 70 tonnes
Madagascar 15 à 20 tonnes
Mayotte 7 tonnes

En 1998, l’ylang-ylang pesait à lui seul 29 % des exportations de l’archipel. Sur l’île voisine de Mayotte, il a longtemps été la principale culture de rente, jusqu’à 84 % des exportations en 1997.

Une passerelle qui existait déjà

Les cofondateurs décrivent une collaboration presque « plug and play ». Plutôt que de bâtir un programme de plus, Fragrance for Impact mobilise une industrie autour d’une solution qui fonctionne déjà. L’UNFPA fournit son expertise de terrain et The Colors joue l’interface entre des mondes qui se connaissent mal. Chaque acteur de la filière contribue selon son métier :

  1. Les entreprises mobilisent des financements et des compétences.
  2. Les marques imaginent des éditions solidaires de parfums.
  3. Les retailers mettent en avant les marques participantes.
  4. Les créateurs de contenu et les médias amplifient la visibilité du mouvement.

Le mouvement coordonne ces contributions entre elles. Les financements se transforment ainsi plus vite en actions de terrain, pilotées par une institution qui dispose déjà des équipes et des mécanismes de suivi. Au lancement, les maisons participantes restent à annoncer, tout comme le montant visé.

La question de la vitrine

La visibilité se mérite. C’est la réponse des cofondateurs à l’objection qui vise toute initiative reliant le luxe aux programmes humanitaires : la vitrine. Interrogés après le lancement sur ce risque d’opération de communication, ils lient chaque visibilité à une contribution réelle et mesurable.

Le mouvement suivra les montants collectés et les partenariats conclus. Il suivra aussi les résultats de terrain : missions réalisées, personnes accueillies, consultations effectuées, services rendus. L’UNFPA garantit la transparence et la traçabilité, pour que chaque partenaire sache précisément à quoi sert sa contribution. Pour les cofondateurs, la communication sert à élargir la mobilisation, sans jamais remplacer l’engagement de terrain.

Madagascar, puis l’Assemblée générale

Au sud-est des Comores, Madagascar partage deux filières avec l’archipel : la vanille et l’ylang-ylang. Les cofondateurs y voient la suite logique du modèle. The Colors avait déjà travaillé à élargir le récit de la parfumerie lors de la Paris Perfume Week. La plateforme y a donné une place à de nouvelles scènes et géographies. Le calendrier suit cette logique : tester le dispositif aux Comores et en mesurer les résultats, puis transmettre une méthode que d’autres acteurs pourront adapter. Un partage est prévu lors de l’Assemblée générale des Nations unies, en septembre 2027. D’autres bureaux de l’UNFPA pourront alors reprendre le modèle sur leurs territoires.

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