En 1987, Chanel signe avec la famille Mul, à Pégomas, à quelques kilomètres de Grasse, un partenariat portant sur 30 hectares de champs destiné à sécuriser son approvisionnement en rose de mai et en jasmin. Cet accord résume la situation de Grasse. La ville est capitale mondiale du parfum parce qu’une tannerie du XVIe siècle a trouvé là un climat favorable aux fleurs ; l’UNESCO a ensuite reconnu ses savoir-faire en 2018. Les champs, eux, sont passés d’environ 2 000 hectares dans la première moitié du XXe siècle à une quarantaine aujourd’hui, selon les Musées de Grasse.
Pourquoi Grasse est-elle devenue la capitale du parfum ?
Au XVIe siècle, Grasse vit du cuir. Les tanneries dégagent une odeur que les gantiers cherchent à couvrir : ils parfument leurs gants, un produit que la cour apprécie. Catherine de Médicis, arrivée en France en 1533, en est l’une des clientes les plus citées. Le soleil méditerranéen et un sol calcaire favorisent ensuite le jasmin et la rose, cultivés près des ateliers.
La parfumerie supplante la tannerie au XVIIIe siècle. Galimard, fondée en 1747, reste présentée comme la plus ancienne parfumerie de Grasse encore en activité.
Rose de mai, jasmin, mimosa : ce que cultivent encore les champs
Il faut 600 à 700 kilogrammes de fleurs de rose de mai (Rosa centifolia, détaillée dans le dossier À Grasse, la Centifolia) pour obtenir 1 kilogramme d’absolue, d’après la fiche que dsm-firmenich consacre à la rose centifolia d’indication géographique Grasse. La cueillette se tient au printemps. Le jasmin grandiflorum prend le relais en août et se récolte jusqu’en octobre, à l’aube. Le mimosa fleurit en hiver et figure avec la tubéreuse et la violette parmi les cultures recensées sur la quarantaine d’hectares restants (Musées de Grasse).

L’enfleurage à froid, qui piégeait les arômes dans des graisses, a quasiment disparu. Le choix entre solvants et procédés anciens alimente le débat parfum naturel ou synthétique. L’extraction par solvants volatils donne une concrète, cire parfumée que l’alcool transforme ensuite en absolue. Quelques alambics en cuivre maintiennent la distillation à la vapeur pour les huiles essentielles et les eaux florales.
Combien de champs reste-t-il à Grasse ?
Près de 2 000 hectares dans la première moitié du XXe siècle, dont environ 800 de jasmin et 700 de rose ; une quarantaine aujourd’hui, d’après les Musées de Grasse. La rose centifolia suit la même courbe : de l’ordre de 3 000 tonnes par an au début du XXe siècle, 59 tonnes en 2011, des chiffres que Premium Beauty News rapportait en 2026 à partir de propos de Robertet.
La commune a réagi en sanctuarisant 70 hectares pour les plantes à parfum dans son plan local d’urbanisme. La concurrence vient d’ailleurs : la rose de Damas se cultive à grande échelle en Turquie ou en Bulgarie.
Que protège l’inscription UNESCO de 2018 ?
Le 28 novembre 2018, lors de sa 13e session à Port-Louis (Maurice), le Comité intergouvernemental de l’UNESCO inscrit les savoir-faire de Grasse sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.
Les savoir-faire liés au parfum en Pays de Grasse : la culture de la plante à parfum, la connaissance des matières premières naturelles et leur transformation, l’art de composer le parfum.
L’intitulé officiel couvre des gestes et des connaissances. Le foncier n’y figure pas.
Existe-t-il un label « Grasse » ?
Oui, sur un seul produit : l’indication géographique « Absolue Pays de Grasse », homologuée par l’INPI en 2020. Une indication géographique rattache la qualité d’un produit à son aire d’origine ; l’AOC reste réservée aux produits agricoles et viticoles. Le cahier des charges exige une cueillette et une transformation réalisées dans 3 départements : Alpes-Maritimes, Var et Alpes-de-Haute-Provence. 7 entreprises la portent et assurent 90 % de la transformation des plantes à parfum de la zone.
Chanel, Dior, Lancôme : les maisons de luxe financent les champs qui restent
Qui entretient les champs qui restent ? Pour une part, les maisons qui en achètent la récolte. Chanel travaille avec les Mul à Pégomas depuis 1987 sur 30 hectares où se cultivent la rose de mai et le jasmin ainsi que l’iris, le géranium, la tubéreuse. Dior réserve l’intégralité des récoltes du Domaine de Manon (3 hectares de rose centifolia et de jasmin grandiflorum) et du Clos de Callian. Lancôme s’est installée à Grasse en 2020 sur un terrain d’environ 4 hectares à l’origine, puis a ouvert son Domaine de la Rose au public en septembre 2023 ; la maison cite 7 hectares pour ce domaine.
Ces montages relèvent d’une logique d’approvisionnement : la maison qui finance reçoit la récolte ; le champ reste agricole tant que le contrat dure.
Qui compose à Grasse en 2026 ?
La filière emploie 4 600 personnes à Grasse selon Prodarom, chiffre cité par Premium Beauty News. Robertet, groupe grassois de matières premières naturelles, a réalisé 807,6 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024, en hausse de 12 %, avec près de 2 600 collaborateurs (communiqué du 13 février 2025). Mane a son siège au Bar-sur-Loup. dsm-firmenich exploite à Grasse depuis 1989 une usine d’ingrédients naturels de 250 salariés, complétée en 2020 par la Villa Botanica. Givaudan a annoncé un site de production et un laboratoire de 55 millions de francs suisses, attendu début 2028.
IFF a doublé son siège local en 2025 et Symrise en a ouvert un la même année. Ces chiffres ne disent pas quelle part des matières traitées pousse encore dans le Pays de Grasse ; aucune source consultée ne la publie.
Visiter Grasse : trois maisons, un musée, un calendrier de floraison
Les trois maisons historiques proposent des visites gratuites d’après leurs pages de visite. Elles se distinguent surtout par leur époque.
| Maison | Fondation | Particularité | Visite |
|---|---|---|---|
| Galimard | 1747 | Plus ancienne parfumerie de Grasse encore en activité | Gratuite, tous les jours, sans réservation |
| Molinard | 1849 | Flacons signés Lalique et Baccarat | Gratuite, 30 à 45 minutes, réservation conseillée |
| Fragonard | 1926 | Nom donné en hommage au peintre grassois Jean-Honoré Fragonard ; usines et musées | Gratuite, tous les jours de 9 h à 18 h 30 |
Le Musée International de la Parfumerie a rouvert le 18 octobre 2008 après 4 ans de travaux : 3 500 m2, plus de 50 000 objets, 4 000 ans d’histoire olfactive.
Pour sentir les fleurs en place plutôt que dans une boutique, le calendrier compte davantage que l’adresse :
- En hiver, le mimosa.
- Début mai, la rose de mai et l’Expo Rose, dont la 54e édition s’est tenue du 8 au 10 mai 2026 (dates 2027 à confirmer).
- Premier week-end d’août, la Fête du jasmin (du 31 juillet au 2 août en 2026), avec une récolte qui court jusqu’en octobre.
Questions fréquentes sur Grasse
Les visites d’usine sont-elles vraiment gratuites ?
Les trois visites du tableau le sont d’après les pages des maisons. Les ateliers de création de parfum relèvent d’une réservation et d’un tarif propres à chaque maison, à vérifier avant de venir.
Un parfum « de Grasse » est-il garanti d’origine ?
Non. L’indication géographique couvre l’absolue ; elle ne couvre pas le flacon. Un parfum composé à Grasse peut ne contenir aucune absolue labellisée. L’argument « parfum français » relève du même flou : seule la mention « Absolue Pays de Grasse » engage l’ingrédient.
Quel mois choisir si l’on ne vient qu’une fois ?
Début mai réunit la rose de mai et l’Expo Rose. Début août offre la Fête du jasmin ; la récolte dure pourtant jusqu’en octobre, ce qui rend septembre possible.
Qui possédera les champs de Grasse ?
Chanel a signé avec les Mul en 1987 et la commune a sanctuarisé 70 hectares dans son plan local d’urbanisme. Aucune source lue ne publie la durée des contrats privés, ni à qui appartiendront dans 20 ans les 40 hectares qui portent encore le titre de capitale.


