Bontemps se lance dans le parfum : quand la pâtisserie croise le nez

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Trois parfums Bontemps Paris sur fond neutre
Les parfums Bontemps Paris dévoilent leur élégance minimaliste. Une collection raffinée aux flacons épurés et intemporels.

Est-ce qu’un nom peut sentir quelque chose avant même qu’on ouvre le flacon ? Bontemps. Le mot évoque le sucre, la rue de Bretagne dans le Marais, les sablés de Fiona et Fatina Leluc qui ont fait de leur pâtisserie un lieu de pèlerinage parisien. Puis il y a l’autre Bontemps, Bontemps Paris, la maison de parfumerie née en 2025 des mains de Florian Gallo, parfumeur chez DSM-Firmenich et de sa femme Julie à la direction artistique. Deux enseignes. Un même nom. Une collision olfactive qui, à Paris, arrive rarement par hasard.

Le marché des parfums gourmands progresse chez la génération Z en 2024, porté par la vanille, le cacao et des notes que les guides marketing qualifient pudiquement d’« édibles » : le segment fragrance est la catégorie beauté prestige qui croît le plus vite aux États-Unis selon Circana. Florian Gallo, lui, ne fait pas un parfum comestible. Il fait autre chose.

Le parfumeur qui a appris à Grasse, pas en pâtisserie

Il y a un orgue à parfums dans la boutique Molinard, à Grasse. Florian Gallo avait 6 ou 7 ans quand son grand-père maternel l’y emmenait et il restait « bouche bée pendant des heures » devant les matières disposées en arc de cercle. Des années plus tard, une professeure de français lui fait lire Le Parfum de Patrick Süskind. Il le dévore en quatre jours.

Le parcours qui suit est classique dans le détail et singulier dans le rythme : ISIPCA en 2012, stage chez Chanel sous la férule de Christopher Sheldrake, apprentissage de la méthode Jean Carles. Robertet en 2015 pour créer. Puis DSM-Firmenich en 2019, un passage de trois ans à Shanghai pour ouvrir la filiale Fine Fragrance. Retour à Paris en 2022.

« On a beau dire, c’est ici que tout se passe. »

C’est lui qui le dit, dans l’entretien publié par la Fragrance Foundation France en octobre 2025. La phrase est simple. Elle décrit exactement pourquoi Bontemps Paris est né à Paris et nulle part ailleurs.

Florian Gallo signe aujourd’hui des parfums pour Zadig & Voltaire, Kenzo, Brunello Cucinelli, des commandes grand marché et haut de gamme à la fois. Bontemps Paris va dans la direction opposée : une maison familiale, trois références, des prix raisonnés, une palette de matières premières empruntée à DSM-Firmenich. Un parfumeur de maison qui garde l’accès aux matières de son employeur pour sa marque personnelle, ça ne court pas les rues. Quand ça se produit, ça ne se dit pas.

Trois parfums, une obsession : le réconfort sans la sucrerie

La gamme Bontemps Paris tient en trois flacons. Un calcul éditorial délibéré. Les trois jus explorent un même territoire (la chaleur et la mémoire sensorielle, ce que les spécialistes appellent la gourmandise au sens large) sans jamais tomber dans l’éthyl-maltol clinquant qui fait saliver les TikTokeurs.

Bonjour Tendresse ouvre sur des aldéhydes, cette molécule que Chanel a rendue célèbre en 1921 et que Florian Gallo revisite ici avec un regard contemporain. L’accord se développe sur l’élémi des Philippines et l’encens de Somalie, puis pose sur un fond de cèdre, de santal et d’ambroxan. Le résultat est propre, musqué, presque surprenant pour qui s’attendait au câlin sucré que le nom promet. Il y a une légère déception et puis une adhérence. Le parfum est contemporain, dit le blog Passion Parfums dans sa chronique de novembre 2025, « jamais là où on l’attend ».

Amoureux du Temps est le plus solaire : bergamote, mandarine, petit grain en tête, puis un néroli de qualité et une fleur de bigaradier légèrement amère, avant un fond de cèdre de Tunisie. La maison parle de « fougassette » (ce diminutif de la fougasse provençale) pour décrire un cœur « plein de soleil ». C’est une évocation méridionale sans caricature.

Le Grand Saut, lancé en 2025, est le plus gourmand des trois au sens strict. Vétiver d’Haïti, sauge sclarée et cardamome du Guatemala en tête ; café de Colombie et cacao au cœur ; puis lait fouetté, vanille de Madagascar et benjoin en base. La pyramide ressemble à ce que Florian Gallo aurait pu composer pour la pâtisserie d’à côté. Sauf que sur la peau, le vétiver tire le jus vers l’amer, le cacao vers le sec et la vanille reste à sa place, en fond plutôt qu’en façade.

Les trois parfums Bontemps Paris : notes et caractère olfactif
Nom Notes principales Registre Matière signature
Bonjour Tendresse Aldéhydes, élémi Philippines, encens Somalie, ambroxan Musqué, propre, contemporain Ambroxan (sensuel, nuancé)
Amoureux du Temps Bergamote, néroli, bigaradier, cèdre de Tunisie Solaire, hespéridé, légèrement amer Néroli de qualité
Le Grand Saut Vétiver Haïti, café Colombie, cacao, vanille Madagascar Gourmand amer, boisé-épicé Vétiver Haïti (ancrage terreux)

Pâtisserie Bontemps — collision entre l'univers gourmand et le parfum

Le nom qui coince ou la question de la légitimité

Posez la question à un amateur de niche parisien : « Bontemps, tu connais ? » Il pensera au sablé au beurre de la rue de Bretagne avant de penser au flacon. C’est un problème de terrain réel. Et peut-être une stratégie, inconsciente ou très consciente.

Les chiffres 2024 convergent : la génération Z dépense sensiblement plus en parfum qu’un an auparavant, cherche des olfactives « comestibles », aime les notes de café, de pistache, de cacao. Un nom comme Bontemps capture cette énergie sans effort. Le mot fait du bien. Il rappelle les bonnes choses.

Avant de dire que c’est du positionnement cynique, regardons la trajectoire de Florian Gallo : il s’appelle Gallo, il vient de Cannes, il a grandi entre les mimosas de l’appartement familial et l’orgue de Molinard. Bontemps est son patronyme sentimental, pas un brief marketing. Julie Gallo gère la direction artistique. La marque est une affaire de famille dans le sens le plus littéral.

Regardez ce qu’il y a dans les flacons. Florian Gallo prend le contrepied de la tendance gourmand grand public : ses compositions sont réconfortantes sans être sucrées, enveloppantes sans être capiteuses. Dans un marché inondé d’éthyl-maltol et de vanilline calibrée pour l’algorithme TikTok, c’est une position.

Sur Fragrantica, les discussions autour de la maison démarrent. Quelques dizaines de reviews, des commentaires qui notent l’écart entre le nom (chaleureux, sucré par association) et les jus (plus construits, plus amers). Les amateurs de niche adorent cet écart précisément. Les autres le trouvent trompeur. Ces deux lectures se défendent.

Pâtisserie et parfum : la frontière a toujours été poreuse

La confusion entre cuisine et parfumerie ne date pas de 2026. Thierry Mugler a mis de l’éthyl-maltol dans Angel en 1992, transformant la parfumerie fine en confiserie assumée. Serge Lutens a posé des dattes et de la myrrhe dans Borneo 1834. Francis Kurkdjian a exploré la madeleine de Proust sans jamais prononcer le mot « pâtisserie ». La gourmandise en parfumerie a toujours été une question de degré, pas de légitimité.

Ce qui change avec Bontemps Paris, c’est la vitesse d’accès aux matières premières de qualité. Florian Gallo travaille avec la palette DSM-Firmenich, l’un des acteurs les plus exigeants en fine fragrance. Le vétiver d’Haïti dans Le Grand Saut, le néroli d’Amoureux du Temps, l’élémi des Philippines dans Bonjour Tendresse : ces matières ne se trouvent pas dans le catalogue d’un fournisseur générique. Elles arrivent avec un historique de sélection, une traçabilité, parfois une exclusivité de lot.

C’est ce qui distingue Bontemps Paris d’une énième marque néo-niche née dans un appartement du 10ème avec une idée et une bougie d’ambiance. La structure industrielle est là mais elle est invisible dans le flacon. Ce que vous sentez ressemble à de l’artisanat, et ça l’est : les matières de DSM-Firmenich imposent leur exigence propre, même dans un projet familial.

Il reste une inconnue : le sillage et la longévité des compositions. Les chroniques disponibles fin 2025, notamment sur le blog Passion Parfums, signalent une « évolution assez longue » pour Bonjour Tendresse et des surprises au drydown. Ce sont de bonnes nouvelles pour qui aime les parfums qui changent de peau en peau. Moins bonnes pour ceux qui veulent savoir ce qu’ils achètent avant d’essayer.

Ce que ça dit du moment

Des parfumeurs de maisons comme DSM-Firmenich ou Givaudan lancent leurs propres marques en parallèle. Les matières premières sont accessibles, Fragrantica sert de bouche-à-oreille, la barrière à l’entrée n’a jamais été aussi basse.

Les rayonnages de la niche parisienne peuvent se remplir de projets familiaux sincères mais interchangeables. Bontemps Paris a l’avantage de son auteur : la capacité à travailler la matière et pas seulement à assembler des accords.

Essayez Le Grand Saut sur votre peau et jugez si le vétiver d’Haïti résiste à la vanille.

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